mercredi 23 décembre 2015

All Abord !!!


Quel meilleur moyen de connaître un pays que de prendre le train ? Surtout s’il s’agit des USA ; pays aux vastes étendues, aux paysages variés et fabuleux ! Le train permet de véritablement mesurer l’étendue de ce pays et parcourir des merveilles de la nature, inaccessibles par d’autres moyens de transport, tout en étant confortablement installé et sans autre distraction que de regarder les paysages défiler…  Le périple raconté dans ce blog est un tour partant de Chicago, à bord de l’Empire Builder, jusqu’à Seattle ; ensuite direction San Francisco à bord du Coast Starlight ; et finalement retour à Chicago depuis San Francisco à bord du California Zephir. Au total : 7 jours dans le train et 9'000 km parcourus au début de décembre 2015.
Premier segment: Chicago à Seattle; 3 jours de train

Deuxième segment: Seattle à San Francisco; 1 jour complet de trajet

Troisième segment: San Francisco à Chicago; trois jours non-stop; le plus spectaculaire!


Si les trains empruntés appartiennent à Amtrak, la société publique qui exploite les seuls trains passagers longue distance aux Etats-Unis, les voies sont propriétés de compagnies privées. Celles que nous utiliserons appartiennent aux deux plus grandes d’entre elles : l’Union Pacific (UP) et la Burlington Northern Sante Fe (BNSF). La première est cotée en bourse et la deuxième a été rachetée par la société holding de l’investisseur star Warren Buffet en 2010, pour une valeur de $44 milliards.

Note : Toutes les photos (sauf mention contraire) sont de l’auteur.  Leur qualité n’est toutefois pas toujours optimale, car, en raison de la période de l’année, le ciel était souvent nuageux et donc les conditions de luminosité peu favorables. De plus, prises à travers de la vitre du wagon et en mouvement, la qualité est rarement au rendez-vous. J’espère que le lecteur me pardonnera ces imperfections mais qu’il profitera néanmoins du voyage !

Jour 1 - Chicago


Météo : Nuageux, éclaircies l’après-midi. 6°C



1er jour du périple ! Chicago est historiquement LE nœud ferroviaire des Etats-Unis et la plupart des trains Amtrak partent (ou arrivent) ici. Le train se sera pour le lendemain. Aujourd’hui sera consacré à la visite de la ville, connue pour être à l’avant-garde de l’architecture et pour avoir abrité les premiers gratte-ciels et longtemps aussi les plus élevés. Mais commençons la visite par les bords du lac Michigan. On a de la peine à croire qu’il s’agit d’un lac tellement il est vaste. Impossible de voir la rive opposée. Le vent est également présent pour justifier le surnom de la ville : the windy city
Jay Pritzker Pavilion, Milenium Park


The Chicago Lighthouse sur le lac Michigain

Profitez des rayons du soleil, car se sera la dernière fois durant tout le voyage !
En suivant le chemin longeant la rive, on arrive au Navy Pier. Cela vaut la peine de le parcourir jusqu’à la pointe, malgré le vent et le froid, afin de bénéficier de la vue sur la ville et le lac. Point de touristes aujourd’hui. Dans le passé, la jetée était occupée par une base navale (d’où le nom) qui a entre-temps fait place à de multiples restaurants et une salle de spectacle.
Navy Pier


La tour noire est le John Hancock Tower, immeuble le plus élevé de Chicago avant le Willis Tower


Direction le centre-ville en longeant le Chicago River et ses nombreux ponts basculants. Il paraît que les embarcations peuvent passer des grands lacs et atteindre le Mississipi en empruntant cette voie d’eau. 
Wrigley Building

La tour du Chicago Tribune



En remontant le fleuve, on arrive à la gare : Union Station. Comme beaucoup de gares américaines, le bâtiment est imposant à l’extérieur, il possède même un beau halle, mais l’accès aux trains est souterrain, avec des quais obscures, mal aménagés et vétustes L
La gare principale de Chicago: Union Station

Le métro aérien de Chicago


Pour boucler le tour de ville, retour sur Michigan Avenue et direction le nord sur le Magnificent Mile ; la section de l’avenue où se trouvent toutes les boutiques de luxe.
Le John Hancock Tower qui marque la fin du Magnificent Mile


Le Magnificent Mile (N State St.) avec sa décoration de Noël

Le Water Tower
Bataan Memorial Bridge

Jour 2 - Départ de CHICAGO


Météo : Chutes de neige. 1°C



Dernière matinée à Chicago où la neige tombe. Avant de quitter l’hôtel il faut toutefois revoir le paquetage ! Le nécessaire pour les prochains deux jours et nuits dans le train : dans le bagage à main ; le reste dans la valise qui sera enregistrée en voyagera dans le fourgon à bagages. Il reste encore un peu de temps pour se promener dans le Millenium Park enneigé et de prendre des photos de la Willis Tower, la plus haute de Chicago et, à compter de sa date d’achèvement en 1973, la plus haute tour du monde pendant 25 ans.
Buckingham Fountain sous la neige


Willis Tower

Trains de banlieue en attente de reprendre du service lors de la prochaine heure de pointe.
En arrière-plan, le centre de Chicago

Train de banlieue vers Van Buren St.


Départ pour la gare. Il reste encore 30 minutes avant le départ, mais le train est déjà à quai. Alors, pas d’hésitation, montons à bord ! Le trajet Chicago – Seattle, qui longe en grande partie la frontière canadienne, est parcouru par l’Empire Builder. Je découvre ma cabine, qui sera mon univers pour les prochains jours, au niveau supérieur de la voiture à deux étages de type Superliner. On est loin du confort de l’Orient-Express ! C’est la fonctionnalité qui prime, même si le matériel roulant n’est plus de toute première jeunesse. Départ à l’heure et direction nord vers Milwaukee qui sera la première halte. Peu après le départ, c’est le steward qui passe se présenter, donner les consignes et souhaiter un bon voyage. Après la banlieue étendue de Chicago, c’est la campagne à perte de vue, recouverte d’un léger manteau neigeux. Vers 16h30 la nuit commence déjà à tomber.
Union Station, la gare de Chicago. Le hall est impressionnant, mais les
quais sont tous souterrains et lugubres....

L'Empire Builder attendant l'heure du départ dans - ou plutôt sous - Union Station


La cabine en configuration "jour".  Elle est prévue pour 2 personnes.
La cabine en configuration "nuit".  Mieux vaut ne pas dépasser les 1m80 !


Première visite au wagon-restaurant. La carte (identique sur tous les trains Amtrak) donne dans les classiques US, les plats sont servis dans de la vaisselle plastique et je me retrouve à table avec 3 vieillards (on appelle ça le community seating) qui évoquent leurs souvenirs de jeunesse…des années 1950. Au moins, il y a du vin californien de bonne qualité ! Après 21h le steward passe préparer le lit. Comme le décalage horaire se fait encore sentir, c’est le montant adéquat pour aller se coucher….
Le Dinning Cart.  Il possède 16 tables de 4 personnes. Il y a trois services pour le petit-déjeuner, trois pour le déjeuner et également trois pour le diner; soit plus de 500 repas servis par jour !

Le contenu de la carte est le même à bord de tous les trains: hamburger végétarien ou boeuf, lasagne au légume et le soir: steak préparé sur le moment et galette de crevettes que l'on ose appeler "catch of the day" !

Jour 3 - NORTH DAKOTA & MONTANA




Météo : ciel dégagé. -2°C



Après une bonne nuit de sommeil (c’est presque surprenant vu la taille de la cabine) réveil vers 6h. Le petit-déjeuner est servi de 6h30 jusqu’à 8h. Depuis le wagon restaurant on voit le ciel qui commence à rougir à l’horizon.


Le soleil se lève sur les immenses plaines du Dakota
Les températures sont clairement en-dessous de 0°C

Le train traverse les immenses plaines du Dakota avec des champs à perte de vue. Le seul relief est constitué d’énormes silos à grain au pied desquels stationnent des trains entiers de wagons céréaliers, prêts à amener les précieuses graines aux quatre coins du pays et, souvent, au-delà.
Un silo à grain

Des wagons céréaliers attendent d'être chargés




Pour changer des silos à grain, voici une petite collection de château d'eau:

















Vers 8h30, arrêt à Minot, ND pour refaire le plein de fuel des deux locomotives. Les passagers profitent de cet arrêt pour se dégourdir les jambes, malgré le froid à peine atténué par le soleil levant.
Arrêt à Minot, ND


Lorsque le train reprend sa course, nous croisons de plus en plus fréquemment des puits de pétrole qui permettent d’extraire le précieux liquide noir par la technique du fractionnement ; méthode largement contestée pour ses impacts environnementaux mais qui a permis aux USA de s’affranchir en grande partie des importations de pétrole en quelques années à peine. Cette exploitation a aussi un impact direct pour les compagnies ferroviaires puisque ce pétrole, extrait dans des régions isolées, est essentiellement transporté par chemin de fer. Tout au long de notre voyage, nous croiserons des trains interminables de wagons citernes amenant le pétrole extrait vers les raffineries ou les centres de distributions.
Puits de pétrole dans le Dakota


Après l’arrêt à  Williston, ND nous changeons de fuseau horaire : de Central Time nous passons au Mountain Time, soit une heure en mois. Un peu plus tard, petite halte à Havre, au Montana.
Installations de la BNSF à Havre, MT

Ancienne locomotive du Great Northern exposée à la gare de Havre, MT
Un engin imposant !


Après 1576 miles et plus de 30 heures de train, voici ma première étape : Essex, dans le Montana.

Le train  est ponctuel, ce qui surprend même le personnel. Pendant les repas, les habitués racontent les retards qu’ils ont connus : 3-4 heures est la norme ; 9h ça peut aussi arriver ; et 14 heures de retard a été le record évoqué.
Cette halte d’Essex, en plein milieu des montagnes rocheuses, à presque 1200 m d’altitude, n’est ni un village, ni même un hameau. Il n’y a qu’une seule bâtisse, le Isaak Walton Inn, mais cette auberge est connue mondialement de tous les passionnés de chemin de fer. Ce lieu n’existe que par le rail. C’est l’endroit où, avant de s’élancer à l’assaut du Marias Pass, on ajoutait des locomotives supplémentaires avant l’ultime ascension jusqu’au col à 1589m. C’est le point de passage le moins élevé dans la chaîne des Rocheuses, raison pour laquelle la ligne de chemin de fer a été construite ici par la Great Northern Railway. Suite à de multiples fusions au cours du temps, la ligne appartient maintenant à la BNSF. Le Isaak Walton Inn n’est situé qu’à quelques mètres de la voie ferrée, ce qui en fait un point d’observation privilégié.  Mais ce sera pour le lendemain, la nuit étant déjà tombée depuis longtemps…




Flat Head River et les montagnes du Glacier National Park, vue depuis Essex, MT

Isaak Walton Inn, directement le long des voies menant au Marias Pass